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La Turquie rejette la demande d’Israël d’expulser des membres du Hamas

Au moment où le rapprochement entre Ankara et Tel Aviv se trouve menacé par la victoire électorale de l’ancien Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, aurait annoncé la semaine dernière le refus de son pays de satisfaire la demande d’expulser des membres du Hamas, formulée par le ministre israélien sortant de la Défense, Benny Gantz, lors d’une visite à Ankara.

“Nous n’avons pas accédé à une demande concernant le Hamas. Nous ne considérons pas le Hamas comme une organisation terroriste”, a déclaré Cavusoglu, cité par le quotidien turc Sozcu.

La Turquie entend jouer un important rôle de médiation entre Israéliens et Palestiniens

Selon Omer Özkizilcik, expert turc en sécurité et en politique étrangère, Erdogan espère jouer un rôle de médiation entre Israël et les Palestiniens, et pense que l’expulsion des membres du Hamas pourrait compromettre son objectif.

“Nous nous souvenons qu’avant la rupture des relations turco-israéliennes, la Turquie était un honnête médiateur entre la partie palestinienne et la partie israélienne, et je pense que la Turquie est pressée de rétablir cela “, a-t-il déclaré à l’agence de presse américaine The Media Line.

L’analyste a expliqué que dans la mesure ou la Turquie n’a pas désigné le Hamas en tant qu’organisation terroriste, elle ne dispose pas de cadre légal pour expulser ses membres.

Les relations diplomatiques entre Israël et la Turquie ont été pleinement rétablies au cours des derniers mois. Israël a nommé un ambassadeur en Turquie au mois de septembre, et la Turquie a nommé un ambassadeur en Israël vendredi.

Si les deux parties ont réussi à maintenir des liens sans ambassadeurs, notamment dans les domaines du commerce, du tourisme et de la sécurité, la position de la Turquie envers le Hamas a toujours été une grande source d’inquiétude pour Israël.

Pourtant, Omer Özkizilcik ne pense pas que la question du Hamas aura un impact majeur sur les relations entre la Turquie et Israël. Selon lui, ce sont plutôt les prochaines élections en Turquie et le changement du gouvernement israélien, qui verra Benyamin Netanyahou revenir au pouvoir, qui entraîneront des répercussions beaucoup plus sensibles sur les relations bilatérales.

Les rapports entre le président turc Recep Tayyip Erdogan et Benyamin Netanyahou ont été électriques pendant plusieurs années, au cours desquelles les deux dirigeants n’ont cessé d’échanger insultes et accusations.

En 2018, Erdogan a qualifié de « génocide » le meurtre de manifestants palestiniens par les forces armées israéliennes.

Plus tard, Benyamin Netanyahou a déclaré sur Twitter : “Erdogan compte parmi les plus grands partisans du Hamas et il ne fait aucun doute qu’il comprend bien le terrorisme et le massacre. Je suggère qu’il ne nous prêche pas la morale”, ce à quoi Erdogan a répondu dans un tweet que le Premier ministre israélien dirige un “État d’apartheid”.

“Le rapprochement turco-israélien [et] la normalisation des relations ne sont pas basés sur quoi que ce soit concernant les Palestiniens et les partis palestiniens, mais davantage sur les réalités géopolitiques et les réalités énergétiques et économiques”, précise Omer Özkizilcik. “Il s’agit d’une approche fondée sur l’intérêt commun”.

Le dégel des liens avec Israël s’inscrit dans le cadre d’une tentative plus vaste d’Erdogan d’améliorer ses relations à la fois avec ses voisins et les puissances occidentales, dans l’espoir d’attirer les investisseurs étrangers en Turquie et dynamiser une économie qui bat de l’aile.

Par ailleurs, la Turquie a exprimé à plusieurs reprises son intérêt envers une coopération énergétique avec Israël, mais cette coopération est compliquée par les mauvaises relations d’Ankara avec d’autres pays de la région qui traitent avec l’Etat hébreu.

Selon Gabriel Mitchell, directeur à l’Université de Notre Dame à à Jérusalem, l’annonce du ministre turc des affaires étrangères sur le Hamas n’est qu’une tentative pour attirer Netanyahou dans des négociations en vue de poursuivre le processus de rapprochement.

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