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BBC NEWS : Pourquoi le Qatar est au centre des allégations de terrorisme ?

Le différend qui a vu l’Arabie saoudite et ses alliés du Golfe isoler le Qatar découle d’allégations selon lesquelles la richissime petite monarchie parraine des groupes extrémistes qui déstabilisent le Moyen-Orient.

Ce n’était pas la première fois que les voisins du Qatar exprimaient leur mécontentement face à sa politique étrangère individualiste – les relations diplomatiques avaient déjà été rompues pendant neuf mois en 2014.

Les tensions sont nées du soutien du Qatar aux Frères musulmans, de ses relations étroites avec des groupes comme les talibans et certains affiliés à al-Qaïda, ainsi que de sa relation avec l’Iran, qui a conduit l’Arabie saoudite à accuser Al Jazeera, la chaine financée par l’État, de soutenir les rebelles houthis au Yémen dans leur combat contre les forces gouvernementales soutenues par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis.

Doha a fermement nié les accusations de Riyad et a déclaré avoir pris des mesures de lutte antiterroriste plus solides que certains de ses voisins.

Pourtant, cette dernière dispute met en lumière le rôle que joue le Qatar grâce à ses richesses colossales.
En avril 2017, le Qatar aurait versé une rançon pouvant atteindre 1 milliard de dollars à un ancien membre d’al-Qaïda en Syrie et à des responsables iraniens de la sécurité, dans le cadre d’un accord qui a abouti à la libération de 26 membres de la famille royale qui auraient été enlevés par des miliciens chiites irakiens soutenus par l’Iran, et de dizaines de combattants chiites capturés par des djihadistes en Syrie.

Ainsi, c’est le prétendu financement de l’idéologie radicale par le Qatar qui était visiblement la cause des inquiétudes cette fois-là.

Depuis le 11 septembre, les efforts mené par les États-Unis à l’échelle mondiale pour perturber le financement du terrorisme ont été implacables. Des lois nationales et des résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies ont été adoptées, des entités et des individus ont fait l’objet de sanctions nationales et onusiennes, et les canaux présumés du financement du terrorisme, comme les sociétés de transfert de fonds et les organisations caritatives, ont été fermés.

Malgré tout cela, l’engagement de certaines nations clés, dont le Qatar, a été remis en question à plusieurs reprises.

En 2014, David Cohen, alors sous-secrétaire au Trésor américain chargé du terrorisme et du renseignement financier, a noté : “Le Qatar, un allié de longue date des États-Unis, a pendant de nombreuses années financé ouvertement le Hamas, un groupe qui continue de saper la stabilité régionale. Des articles de presse indiquent que le gouvernement qatari soutient également des groupes extrémistes opérant en Syrie.”

David Cohen a également attiré l’attention sur l’environnement “laxiste” au Qatar qui permet aux collecteurs de fonds de solliciter des dons pour des groupes extrémistes comme al-Qaïda et l’auto-proclamé État islamique.

En 2016, Adam Szubin, le remplaçant de David Cohen au département du Trésor américain, a souligné qu’en dépit de sa volonté de prendre des mesures coercitives contre les financiers du terrorisme, le Qatar a “du chemin à parcourir” et manque “de volonté politique et de capacité à faire appliquer efficacement ses lois antiterroristes contre toutes les menaces de financement du terrorisme”.

En réponse à ces manquements, les États-Unis ont sanctionné plusieurs citoyens qataris pour financement du terrorisme.

Suspicions vis-à-vis de l’Arabie saoudite

Pourtant, bien qu’elle se tienne à la tête des opposants aux activités financières du Qatar – et sans aucun doute enhardie par la visite à Riyad du président américain Donald Trump – l’Arabie saoudite n’a pas échappé à des critiques similaires.

Quinze des 19 pirates de l’air du 11 septembre étaient des citoyens saoudiens. Les câbles diplomatiques de 2009 publiés par Wikileaks reflètent la frustration permanente des États-Unis face à la difficulté de persuader le gouvernement saoudien de traiter les bailleurs de fonds du terrorisme comme une priorité stratégique. Le pays a utilisé sa richesse considérable en hydrocarbures pour propager sa souche fondamentaliste wahhabite de l’islam via les écoles et les mosquées du monde entier, accusées par certains d’être une source d’extrémisme.

Toutefois, bien qu’un petit nombre d’individus et d’entités en Arabie saoudite soient accusés d’avoir financé le terrorisme, le pays est apparemment beaucoup plus coopératif que le Qatar et est reconnu pour ses efforts.

En effet, lors de la visite du président Trump en 2017, les gouvernements américain et saoudien ont annoncé l’inauguration d’un centre régional destiné à cibler le financement du terrorisme, dirigé conjointement pour contrer les menaces nouvelles, reflétant peut-être la mesure dans laquelle l’Arabie saoudite est, selon Washington, passée de problème de financement du terrorisme à un élément clé pour une solution dans la région du Golfe.

L’idéologie extrémiste

Pourtant, cet engagement apparent de l’Arabie saoudite à lutter contre le financement du terrorisme n’est probablement pas suffisant.

Bien que le financement direct des groupes terroristes ait sans surprise été la principale préoccupation des décideurs politiques et des autorités sécuritaires, l’attention s’est élargie pour inclure les financiers des organisations et des individus qui font la promotion de l’idéologie radicale ou extrémiste.

En décembre 2015, s’exprimant à l’occasion d’un débat à la Chambre des communes sur l’extension des bombardements britanniques contre l’État islamique d’Irak à la Syrie, le Premier ministre de l’époque, David Cameron, s’est engagé à “établir un examen complet pour éradiquer tout financement restant de l’extrémisme au Royaume-Uni”… [examinant] la nature, l’ampleur et l’origine du financement de l’activité extrémiste islamiste au Royaume-Uni, y compris toute source étrangère”.

Des reportages avaient à l’époque suggéré que, bien qu’il soit terminé, il est peu probable que cet examen soit rendu public.

Les suggestions ont indiqué que cette crise allait rapidement se régler, comme par le passé. Mais l’attention accrue que cette prise de bec a apportée au financement du terrorisme et de l’idéologie extrémiste perdurera et, aussi déraisonnable qu’elle pense que cela soit, Doha peut s’attendre à demeurer le centre d’une intense suspicion.

Analyse publiée en 2017 par BBC NEWS, rédigée par Tom Keatinge, directeur du Center for Financial Crime & Security Studies au Royal United Services Institute (Rusi).

Traduit de l’anglais par F. Haythem

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