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Erdogan promet une invasion terrestre en Syrie

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a promis mercredi d’ordonner une invasion militaire terrestre dans le nord de la Syrie contre les groupes kurdes.

Ces derniers jours, la Turquie a lancé une série de frappes aériennes sur des militants présumés en Irak et dans le nord de la Syrie, en réponse l’attentat à la bombe survenu le 13 novembre à Istanbul, qu’Ankara attribue aux activistes kurdes, qui à leur tour, nient toute implication et affirment que les frappes de l’armée turque tue des civils et entrave la lutte contre l’Etat islamique.

Les alliés d’Ankara, en particulier la Russie, ont tenté d’éviter une incursion terrestre, mais Erdogan a déclaré mercredi dans un discours prononcé à Ankara devant les législateurs de son parti, que les opérations aériennes ne représentent « qu’un début » et que la Turquie est déterminée à « fermer toutes nos frontières méridionales … avec une bande de sécurité qui empêchera toute possibilité d’attaque contre notre pays ».

La Turquie a mené plusieurs incursions en Syrie depuis 2016 et contrôle déjà des zones dans le nord de la Syrie. Erdogan a précisé que la nouvelle offensive militaire, qui devrait avoir lieu « au moment le plus opportun », viserait les régions de Tel Rifaat, Manbij et Kobani. Il a déclaré que les tunnels utilisés par les terroristes pour se protéger deviendront bientôt « leurs tombes ».

De son côté, le commandant des Forces démocratiques syriennes (FDS) dirigées par les Kurdes dans le nord-est de la Syrie, a déclaré que son groupe était prêt à repousser une invasion terrestre de l’armée turque.

Le chef des FDS, Mazloum Abdi, a indiqué à l’Associated Press que son groupe se prépare à une autre attaque du genre depuis que la Turquie a lancé une offensive terrestre dans la région en 2019. « Nous pensons avoir atteint un niveau qui nous permet de déjouer toute nouvelle attaque. Au moins, les Turcs ne seront pas en mesure d’occuper davantage de nos régions et il y aura une grande bataille », a-t-il déclaré.

Il a ajouté : « Si la Turquie attaque une région, la guerre s’étendra à toutes les régions… et tout le monde en patira. »

Lundi, après les frappes aériennes turques du week-end, des militants kurdes présumés ont tiré des roquettes contre la Turquie à travers la frontière syrienne, faisant au moins deux mort et dix blessés, selon les responsables turcs. Toutefois, Mazloum Abdi a démenti ces informations.

Alexandre Lavrentyev, l’envoyé du Kremlin en Syrie, a déclaré que la Turquie devrait « faire preuve d’une certaine retenue » pour éviter une escalade en Syrie, et a exprimé l’espoir « de convaincre nos partenaires turcs de s’abstenir d’un usage excessif de la force sur le territoire syrien. »

Mazloum Abdi a averti Moscou et Damas, ainsi que la coalition dirigée par Washington et qui s’est alliée aux combattants kurdes dans la région pour lutter contre l’Etat islamique en Syrie, qu’une telle action pourrait nuire au combat contre la recrudescence de l’EI.  

« Nous pouvons affirmer que notre travail contre Daesh avec la coalition internationale a cessé, car nous sommes préoccupés par les attaques turques », a-t-il déclaré. « Notre coordination et notre travail sur le terrain avec les Russes ont également été affectés par les attaques turques. »

Les frappes aériennes turques de mercredi ont également touché le camp syrien d’Al-Hol, dans le gouvernorat de Hassaké, où sont détenus des dizaines de milliers d’épouses, de veuves et d’enfants de combattants de l’Etat islamique morts ou emprisonnés. Selon des membres des FDS et un responsable du camp, les frappes turques semblaient viser les forces de sécurité chargées de surveiller le camp où le taux de criminalité est très élevé.

Sheikhmous Ahmad, un responsable kurde qui supervise les camps de réfugiés dans le nord-est de la Syrie, a indiqué que certains détenus ont tenté de s’échapper.

« Les forces de sécurité tiennent actuellement le camp d’Al-Hol sous contrôle, mais cela pourrait changer si ces attaques se poursuivent et si les détenus arrivent à se disperser dans la région », a déclaré Sheikhmous Ahmad à l’Associated Press, avertissant : « Cela menacerait également la sécurité internationale, pas seulement la nôtre. »

Un porte-parole du commandement central américain a déclaré qu’une des frappes turques de mardi était tombée à moins de 300 mètres d’un lieu ou du personnel américain était stationné, mais il a refusé de révéler l’emplacement de ce site, affirmant simplement que « ces frappes continuent de mettre les forces américaines en danger. »

Les frappes aériennes turques, qui ont fait un certain nombre de victimes parmi les soldats de l’armée syrienne opérant dans la même zone que les Forces démocratiques syriennes, menacent également de porter préjudice aux tentatives de rapprochement entre Damas et Ankara. Les deux parties ont soutenu des camps adverses dans la guerre civile syrienne, mais ont lancé un début de dialogue ces derniers mois.

Le directeur du programme de recherche sur la Turquie au Washington Institute for Near East Policy, Soner Cagaptay, estime que les développements actuels « aboutiront probablement à une incursion turque en Syrie », mais peut-être pas dans l’immédiat.

« Je pense qu’Ankara est en train d’aligner les deux étoiles indispensables à une incursion en Syrie, les étoiles étant l’étoile américaine et l’étoile russe », a déclaré Soner Cagaptay, rappelant que Washington et ses alliés ont besoin du soutien de la Turquie pour intégrer la Finlande et à la Suède à l’OTAN, tandis que la Russie cherche à conclure entre Ankara et Damas un accord qui permettrait de « mettre un terme à la guerre » en Syrie.

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