Turquie

L’opposition turque relance l’affaire des deux soldats brûlés vifs par l’État islamique

L’opposition turque a relancé les questions liées à l’exécution macabre de deux ressortissants turcs par l’État islamique en Syrie, six ans après la diffusion d’une vidéo montrant les deux hommes brûlés vivants.

Kemal Kilicdaroglu, le chef du Parti républicain du peuple, a rendu visite cette semaine à la famille de l’une des victimes et s’est engagé à porter la question devant le Parlement. “Ce qui me bouleverse le plus, c’est que l’armée et le gouvernement n’ont fait aucune déclaration au sujet de l’incident après son impact sur les réseaux sociaux”, a-t-il déclaré.

Les autorités ont en effet gardé le silence après la diffusion de cette vidéo, partagée sur des comptes affiliés à l’Etat islamique en décembre 2016.

La mort de l’une des victimes – Sefter Tas, un soldat kidnappé dans une zone frontalière l’année précédente – a été confirmée. Selon les registres officiels, l’autre victime, Fethi Sahin, est toujours en vie. Les autorités sont supposées poursuivre les enquêtes sur cette exécution et punir ses auteurs, même si plusieurs suspects, pour la plupart des ressortissants turcs, ont été identifiés au fil des années dans des affaires judiciaires liées à l’Etat islamique.

Un membre syrien de l’Etat islamique aurait ordonné l’exécution après l’échec des efforts déployés par Ilhami Bali, l’émir turc présumé de l’EI qui figure encore sur la liste des individus les plus recherchés par Ankara, dans le but d’utiliser les deux victimes comme monnaie d’échange. Le meurtre aurait été perpétré par deux militants turcs, et la vidéo a été diffusée par le ressortissant turc Omer Yetek.

Omer Yetek, arrêté en 2018 avant d’être remis en liberté en attendant son procès en 2020, avait parlé de l’exécution dans son témoignage à la police. Contacté par Al-Monitor cette semaine, il est revenu sur son témoignage, affirmant que la police l’avait forcé à le rédiger. Il a également nié connaître l’un des militants impliqués dans l’assassinat. Le fait que Yetek demeure libre malgré une condamnation à six ans de prison pour appartenance à une organisation terroriste est assez intriguant, même s’il a déclaré avoir fait appel du jugement.

Encore plus étonnant, Jamal Alwi, le Syrien qui aurait ordonné l’exécution, semble avoir vécu tranquillement en Turquie pendant plusieurs années. Libéré après une première détention, il a été arrêté à nouveau l’année dernière après qu’un journaliste d’investigation a signalé qu’il tenait un magasin de vente d’oiseaux dans la ville frontalière de Gaziantep. 

Senem Doganoglu, un avocat représentant les familles des victimes dans une affaire judiciaire concernant un attentat à la bombe commis par l’Etat islamique à Ankara en 2015, a déclaré à Al-Monitor que les procureurs de la ville d’Antalya avaient obtenu des enregistrements téléphoniques prouvant que Bali avait cherché à utiliser les deux victimes comme monnaie d’échange.

Lors de son interrogatoire par la police, l’épouse de Bali, a désigné Hasan Aydin comme étant un bourreau. Le sort d’Aydin reste inconnu, tandis que l’autre bourreau présumé, Talip Akkurt, aurait été tué en 2018.

Selon le journaliste d’investigation Gokcer Tahincioglu, une enquête approfondie sur l’incident “ne pourrait être menée que lorsque l’État aura officiellement reconnu que les deux soldats ont été brûlés vifs.”

Le père de Tas a déclaré en 2017 que des responsables avaient confirmé à sa famille que la vidéo de l’exécution était authentique et que leur fils était mort.

Concernant Sahin, les autorités ont gardé le silence. Certains médias indiquent qu’il a rejoint l’Etat islamique, tandis que d’autres affirment qu’il était un agent des services de renseignement qui a infiltré l’organisation. Selon ses parents, Sahin a quitté le domicile familial en mars 2015 dans l’intention de se rendre en Syrie. Plusieurs mois avant la diffusion de la vidéo de l’exécution, le père de Sahin aurait été contacté par des Syriens d’un groupe rebelle soutenu par la Turquie, qui lui ont annoncé que son fils avait été arrêté par l’Etat islamique car il travaillait comme “informateur” pour la gendarmerie turque.

Si Sahin travaillait effectivement pour les services de renseignement, le silence des autorités est le signe que “l’État tente de fuir sa responsabilité” dans sa mort, a déclaré M. Doganoglu.

Après une visite à la famille Sahin, Kilicdaroglu a dénoncé le silence d’Ankara. “Une telle mentalité de l’État est inacceptable”, a-t-il déclaré. “Des tragédies peuvent se produire (…) mais les familles doivent connaitre la vérité”.

Source : Al-Monitor

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