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Sur les traces d’al-Zawahiri : la radicalisation d’un Frère musulman

Les États-Unis ont éliminé Ayman al-Zawahiri.

Le monde respire. Al-Zawahiri, l’un des terroristes les plus recherchés de ces dernières années et la force motrice de l’organisation terroriste Al-Qaïda, brûle dans les flammes de l’enfer.

Le week-end dernier, les forces spéciales américaines ont reproduit avec succès l’opération qui a coûté la vie au chef de l’organisation terroriste Al-Qaïda, Oussama ben Laden (1957-2011).

Ayman al-Zawahiri, le successeur du cerveau de l’attaque du 11 septembre 2001 contre les États-Unis, qui a fait plus de 3000 victimes, a été tué à l’âge de 71 ans dans la planque où il résidait depuis l’arrivée au pouvoir des talibans en Afghanistan.

Depuis Kaboul, la capitale du pays, le terroriste à la barbe blanche touffue comme l’exige le temps qui passe et le poids des milliers de vies volées, continue de diriger l’organisation, qui semble se remettre des coups durs qui l’ont maintenue à l’écart au fil des années face à l’État islamique – Daesh pour son acronyme en arabe – en diffusant des vidéos de propagande axées sur la cause palestinienne et le “djihad global”, et en inspirant d’autres groupes terroristes.

AFP PHOTO/PRESIDENCE ÉGYPTIENNE – Cette photo d’archive prise le 14 août 2013 montre un partisan du président égyptien déchu Mohamed Morsi (portrait) criant des slogans pro-islamistes.

Portrait du terroriste le plus recherché : qui était al-Zawahiri ?

Né en Egypte le 19 juin 1951, al-Zawahiri obtient un doctorat en médecine en 1974, poursuivant ainsi l’histoire de la saga familiale. En effet, son père était professeur de pharmacologie à l’Université du Caire (Egypte), son grand-père était un éminent imam à Al-Azhar, le centre d’enseignement de l’islam sunnite au Moyen-Orient, et l’un de ses oncles était premier secrétaire général de la Ligue arabe.

Dans une Égypte laïque, al-Zawahiri a été arrêté à l’âge de 15 ans pour son appartenance à un groupe internationalement connu sous le nom d’organisation islamiste radicale des Frères musulmans.

Nous sommes dans les années 1960 et la propagande du fondateur des Frères musulmans, Sayyid Qutub, imprègne la société et la personnalité du jeune al-Zawahiri.

La structure pyramidale des Frères musulmans présente certaines particularités, notamment le fait de répondre à certaines couches sociales et aux besoins que l’État n’a pas la capacité ou l’intention de satisfaire, comme la culture, l’éducation et le soutien économique aux classes les plus défavorisées.

Durant ces années-là, Qutub publie le manifeste qu’al-Zawahiri défendra avec véhémence jusqu’à la fin de ses jours, “Milestones”, dans lequel il déclare que “l’Occident a perdu sa vitalité et le marxisme a échoué. À ce moment crucial et déroutant, le temps est venu pour l’Islam et la communauté musulmane”.

De ce point de vue, al-Zawahiri est passé de l’adolescence à l’âge adulte en tant qu’islamiste radical. En fait, un an avant d’obtenir son diplôme en 1973, il est devenu le fondateur du Jihad islamique égyptien (JIE). Il s’agit d’une organisation opposée au gouvernement laïc égyptien, qui cherche à le renverser par la violence. Le fanatisme d’al-Zawahiri a coûté la vie à plus de 1 200 Égyptiens dans les années 1990.

Toutefois, bien qu’il ait poursuivi ses activités politiques au fil du temps, al-Zawahiri s’est spécialisé dans la chirurgie oculaire en 1978. Durant cette période, il fait profil bas en ce qui concerne ses revendications. Il a même ouvert une clinique dans la capitale surpeuplée du Caire.

Une phase éphémère avant que sa vie ne prenne un virage à 180°, abandonnant sa carrière et sa famille pour devenir un nomade de la terreur.

Selon le livre “The Years of Terror” de l’écrivain américain Thomas Wright, al-Zawahiri était un homme intelligent, timide mais volontaire, fermement convaincu que les Arabes ne pouvaient être gouvernés que par leurs contemporains suivant les interprétations les plus radicales de l’Islam.

En 1981, al-Zawahiri est à nouveau arrêté, accusé d’être impliqué dans l’assassinat du président Anwar Sadat lors d’une parade militaire. Au cours du procès, il s’est adressé au public égyptien en déclarant : “Nous sommes des musulmans qui croient en notre religion. Notre intention est d’établir un État islamique et une société islamique”. Bien qu’il ait finalement été acquitté de toute implication dans l’assassinat de Sadate, il a purgé trois ans de prison pour détention illégale d’armes. La période qu’il a passée en prison a fini par façonner la personnalité et l’esprit d’un véritable terroriste. Sa radicalisation s’est achevée derrière les barreaux d’une minuscule cellule et pendant les tortures récurrentes qu’il aurait subies en prison. Après sa libération, al-Zawahiri était une autre personne.

En 1985, il s’installe en Arabie saoudite, où il établit ses premiers contacts avec le mouvement et l’idéologie d’Oussama ben Laden. Il se rend ensuite au Pakistan et en Afghanistan, où il consolide l’Etat islamique. Pendant cette période d’occupation soviétique, il a également exercé en tant que médecin dans ce pays.

En 1998, l’Etat islamique, dirigé par al-Zawahiri, a fusionné avec al-Qaida. Avec les compétences et les connaissances qu’il possède, associées à la ferme conviction que la création d’un État islamique est possible, il devient rapidement le bras droit du terroriste saoudien Oussama ben Laden. L’homme le plus recherché au monde.

AFP/KHALED DESOUKI – Photo d’archive, l’islamiste radical égyptien Mohammed al-Zawahiri, frère du chef d’al-Qaïda Ayman al-Zawahiri, se tient dans la cage des accusés lors de son procès avec 68 autres accusés au Caire, le 3 août 2014. Mohammed al-Zawahiri est accusé d’avoir formé et géré une organisation liée à al-Qaida.

En plus d’être considéré comme un planificateur des attaques du 11 septembre, d’autres attaques terroristes majeures sont attribuées à al-Zawahiri, notamment l’attaque de 1998 contre les ambassades américaines de Dar es Salaam en Tanzanie, et de Nairobi au Kenya, l’attaque de l’USS Cole au Yémen et bien d’autres sur le territoire européen comme l’attentat du 11-M à Madrid, en Espagne, qui a fait 193 morts, et l’attentat de Londres un an plus tard, qui a fait 52 morts.

Après la mort de Ben Laden, son numéro deux, al-Zawahiri, devient le chef de l’organisation terroriste. À l’époque, le FBI avait offert jusqu’à 25 millions de dollars (24,54 millions d’euros) de récompense pour toute information menant directement à l’arrestation ou à la condamnation d’Ayman al-Zawahiri. Il a toutefois fallu onze ans pour retrouver sa trace.

L’opération conduite par Biden

Le chef d’al-Qaïda a été tué dans une frappe de drone dirigée par la Maison Blanche, a confirmé le président américain Joe Biden quelques heures après la fin de l’opération : “Justice a été rendue”. Par cette déclaration, Joe Biden a clairement indiqué au public que l’Afghanistan ne deviendra pas un refuge pour terroristes.

Selon le président Biden, les services de renseignement américains ont localisé al-Zawahiri en début d’année dans un quartier résidentiel de Kaboul, traditionnellement habité par des Occidentaux qui ont fui le pays après l’arrivée des talibans. Il y cohabitait avec des membres de sa propre famille, dont sa femme, ses enfants et ses petits-enfants, après avoir mené pendant des années une vie incertaine et nomade, en dépit du fait que, dans le cadre de l’accord de 2020 conclu entre les États-Unis et le régime taliban, l’organisation s’était engagée à ne pas permettre à al-Qaida d’opérer dans les zones sous son contrôle. Encore un engagement non tenu par les bourreaux qui dirigent aujourd’hui un pays terrifié et réduit au silence.

Au cours des mois de recherche et d’identification de chacun des membres de sa famille, les services de renseignement ont commencé à détecter des schémas répétitifs dans le comportement du terroriste, qui a été tué alors qu’il se tenait sur le balcon de sa luxueuse maison, où il était aperçu d’habitude.

AFP/AFP – Carte de Kaboul, en Afghanistan, montrant le quartier de Sherpur où une frappe américaine de drone a tué le chef d’al-Qaida Ayman al-Zawahiri le 31 juillet

L’opération n’a fait aucune victime civile. La précision de l’attaque, qui a eu lieu aux premières heures de la matinée du dimanche 30 juillet (6h18 heure locale), a été impeccable. Deux missiles Hellfire ont été tirés sur le balcon de la planque. Al-Zawahiri a été tué sur le coup tandis que les alentours de la maison ont été retrouvés intacts. Il y avait peu de preuves indiquant une attaque hormis les dommages causés au balcon. 

Les missiles air-sol Hellfire sont généralement guidés par une frappe laser de haute précision, selon le US Army Acquisition Support Center (USAASC). Plus précisément, le modèle qui a tué al-Zawahiri pourrait être le Hellfire RFX, qui a la capacité de déployer une série de lames depuis son fuselage et de tuer l’ennemi sur le coup.

Comme le détaille avec précision le Wall Street Journal, ces missiles possèdent “un halo de six longues lames stockées à l’intérieur” qui se déploient à travers la peau du missile quelques secondes avant l’impact, dans le but de s’assurer qu’il déchiquette “tout ce qui se trouve sur sa trajectoire”.

Par la suite, les talibans, dans le but de défendre ce qui fut l’un des plus grands coups portés à l’organisation et qui a mis en évidence une importante faille de sécurité en son sein, continuent de surveiller le passage dans la zone bombardée et empêchent même la presse de s’approcher du site, selon le correspondant de la BBC, Secunder Kermani.

Le succès de l’opération, qui a été préparée pendant des mois et à laquelle Joe Biden a activement participé, est arrivé au moment d’un tournant pour son administration.

Le président, atteint du COVID-19, a participé aux réunions de sécurité et de planification de l’attaque à laquelle il a donné son feu vert le 25 juillet. Après le succès de l’opération, il a eu son moment de gloire dans les médias, qui ont été extrêmement critiques à son égard.

En effet, après des mois de remise en question de sa capacité à gouverner, Biden a enfin le vent en poupe. Après avoir présenté l’ambitieux plan environnemental du pays et le défi stratégique de la Chine, Biden avait besoin d’un coup à effet international, et quelle meilleure publicité que de mettre fin à la vie du terroriste le plus recherché à ce jour. Un exploit également réalisé en temps de crise par le président démocrate Barack Obama, qui a “marqué le coup” en exécutant Oussama Ben Laden à Abbottabad (Pakistan).

La succession d’al-Zawahiri

Désormais, al-Qaida cherche désespérément un nouveau chef. Parmi les noms les plus en vue figurent celui de l’Égyptien Saif al-Adel, qui, selon les experts, bénéficie d’un soutien suffisant pour être l’un des candidats favoris, même si ses relations d’affaires avec l’Iran risquent de constituer un handicap pour l’organisation, et Abderrahmane al-Maghrebi, le gendre d’al-Zawahiri.

D’origine marocaine, ce membre d’al-Qaïda, familièrement connu sous le nom de Mohamed Abattay, était responsable de la branche médias et propagande d’al-Qaïda et est actuellement le chef de la branche de l’organisation terroriste en Iran, selon le quotidien marocain Al Ahdath Al Maghribia. Il était également responsable d’al-Qaïda en Afghanistan et au Pakistan en 2012. Surnommé le “renard d’al-Qaida”, il a réussi à échapper aux services de renseignement américains et a même été considéré comme mort pendant plusieurs années. Cependant, quelle que soit la décision, l’organisation révèlera dans les prochains jours l’identité du successeur de l’un des terroristes les plus pervers de ces dernières décennies, Ayman al-Zawahiri.

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