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Les barrages iraniens menacent le fleuve irakien Sirwan et exposent l’Irak à une pénurie d’eau sans précédent

Aujourd’hui, 26 octobre, des responsables irakiens se sont dits préoccupés par la baisse significative du niveau de la rivière Sirwan dans le nord-est de l’Irak, en raison du manque de pluie et des barrages derrière la frontière iranienne d’où coule la rivière, affectant l’agriculture et la production nationale d’électricité.

Bien que l’Iran bénéficie d’une forte influence en Irak qui compte sur lui pour assurer un tiers de sa consommation en gaz et en électricité, la détérioration de la situation a poussé le ministre irakien des Ressources hydrauliques, Mehdi al-Hamdani, à menacer de porter plainte contre Téhéran devant la Cour internationale de justice.

Le dossier de l’eau est un défi majeur pour l’Irak. Malgré sa richesse en ressources pétrolières, un tiers de ses quarante millions d’habitants vit en dessous du seuil de pauvreté et fait face à des sécheresses qui s’aggravent d’année en année.

L’Iran souffre également d’une grave sécheresse. Cette année, la capitale, Téhéran, a connu la pire sécheresse depuis un demi-siècle, avec une baisse des précipitations de 97 %.

La rivière Sirwan, un des affluents du fleuve Tigre dont le niveau a fortement baissé, prend sa sources en Iran et alimente le barrage de Darbandikhan dans la province de Suleymaniyah dans la région du Kurdistan, avant de poursuivre son cours jusqu’à la province agricole de Diyala.

“Entre l’année dernière et cette année, la différence du niveau de l’eau est d’environ 7,5 mètres”, a déclaré à l’AFP Rahman Khani, le directeur du barrage, notant qu’il s’agit d’une “baisse sans précédent”.

Il a expliqué que cette baisse drastique était due aux “faibles précipitations”, mais également à “la création en Iran de plusieurs barrages qui retiennent l’eau, et une déviation du fleuve”.

Le responsable local a expliqué que son barrage avait reçu 900 millions de mètres cubes d’eau du fleuve cette année, contre une “moyenne annuelle de 4,7 milliards de mètres cubes” en temps normal, précise t-il.

Selon le responsable, cette baisse “a réduit la production de l’électricité de 30 % par rapport à l’année dernière”, ajoutant que cela avait également “des effets significatifs sur la zone agricole dans les régions de Diyala qui dépendent de l’eau du barrage”.

En Iran, le niveau des bassins hydrographiques a été divisé par deux en raison de la forte sécheresse qui frappe le pays, selon un rapport de l’Agence spatiale iranienne publié par l’agence de presse Mehr.

“Au cours du premier semestre de cette année (du 21 mars au 22 septembre selon le calendrier iranien, ndlr), l’agence a étudié les changements du niveau d’eau des lacs de 40 grands barrages. Il ressort que la superficie de l’eau s’est réduite de 10 à 70%”, a indiqué Rahman Khani.

Le dossier de l’eau est devenu ultra-stratégique en Irak en raison du changement climatique et des sécheresses récurrentes, ainsi que de son lien avec les dossiers géopolitiques liés au partage des eaux du Tigre et de l’Euphrate, notamment avec la Turquie, la Syrie et l’Iran.

Le ministère des Ressources hydrauliques a soumis une demande au ministère irakien des Affaires étrangères afin de déposer une plainte contre l’Iran, pour violation de la “Convention-cadre des Nations Unies sur les fleuves non navigables transfrontaliers pour l’année 1997”, selon Aoun Diab, un porte-parole du Ministère.

Le ministère des Affaires étrangères a quant à lui refusé tout commentaire à l’Agence France Presse.

Parallèlement, un porte-parole du ministère des Ressources hydrauliques a déclaré que le dossier était “toujours en attente”, et que la décision appartenait au “gouvernement qui prendra les mesures appropriées”, ajoutant : “Cette décision est politique, pas technique”.

Il a souligné que le gouvernorat de Diyala souffrait d’une situation “critique” après que “l’eau de la rivière Sirwan a été complètement coupée”.

Avec la baisse des pluies et la sécheresse, l’Irak est devenu le “cinquième pays au monde” le plus touché par le changement climatique, selon une annonce récente du ministère irakien de l’Environnement.

En août, plusieurs ONG ont averti que 7 millions de personnes risquaient d’être privées d’eau.

Mi-octobre, les autorités irakiennes ont annoncé que la sécheresse contraindra le pays à réduire de moitié sa superficie agricole à la saison hivernale de 2021-2022.

Un porte-parole du ministère irakien de l’Agriculture, Hamid Al-Nayef, a déclaré dimanche à l’agence de presse nationale irakienne que “le gouvernorat de Diyala avait été exclu du plan agricole en raison de la coupure des affluents d’eau du côté iranien”.

A son tour, l’ONG internationale “Save the Children” a mis en garde dans un communiqué contre la détérioration de la situation dans le gouvernorat de Diyala : “Plus de cinq stations de pompage d’eau ont cessé de fonctionner, privant des milliers de personnes de l’accès à l’eau.”

“La crise de l’eau en Irak montre que pour de nombreux enfants dans le monde, la crise climatique est déjà là”, a déploré l’organisation, évoquant les conséquences désastreuses en terme de santé, de famine et de déplacements.

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