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Abou Walaa, le “prédicateur sans visage” de l’État islamique condamné en Allemagne

Ahmad Abdulaziz Abdullah, alias “Abou Walaa” est un prédicateur irakien de 37 ans présenté comme le “cerveau” de l’organisation État islamique en Allemagne. Il était jugé depuis plus de trois ans à Celle dans le nord de l’Allemagne, avec trois complices présumés.

Abou Walaa a été reconnu coupable d’agir pour le compte de l’organisation terroriste État islamique, de financement du terrorisme, d’aide à la préparation d’attentats et d’actions de radicalisation auprès des jeunes.

Le parquet allemand a requis 11 ans d’emprisonnement. Il a finalement été condamné à 10 ans et 6 mois de prison ferme à l’issue d’un procès entouré d’un très strict dispositif de sécurité. Les trois autres accusés jugés pour complicité ont été condamnés à des peines allant de 4 à 8 ans de réclusion.

Le “prédicateur sans visage”, une personnalité charismatique

Selon l’accusation, Abou Walaa était le “représentant de l’État islamique en Allemagne” et entretenait des “contacts directs” avec les dirigeants de l’organisation. Il a monté dans sa mosquée de Hildesheim en basse Saxe, un puissant réseau d’enrôlement destiné à envoyer des combattants volontaires en Syrie ou en Irak.

Le parquet l’a décrit comme une “autorité de premier plan avec un grand charisme” ayant été autorisé par l’État islamique à “agir en Allemagne en son nom”.

Abou Walaa, décrit comme très prudent et discret est surnommé “le prédicateur sans visage” car il ne montrait jamais clairement son visage dans ses prêches en ligne. Il est arrivé en Allemagne en 2001 comme demandeur d’asile et a été arrêté en 2016 à l’issue d’une longue enquête du renseignement intérieur allemand.

Toujours selon l’accusation, il aurait envoyé au combat au moins huit “très jeunes gens”, dont les frères jumeaux allemands qui ont commis en 2015 un attentat suicide au bilan terrible en Irak.

Parmi les jeunes qu’il a radicalisés, on retrouve un des trois adolescents de 16 ans qui ont déposé une bombe dans un temple sikh en Allemagne en avril 2016, blessant trois hommes dont un grièvement.

Anis Amri, un demandeur d’asile tunisien, a également fréquenté la mosquée berlinoise ou Abou Walaa a déjà prêché, bien qu’aucun contact direct avec lui n’a été établi. Amri est l’auteur de l’attaque au camion bélier du marché de Noel de Berlin qui a fait 12 victimes en décembre 2016. L’homme a été tué par la police durant sa fuite en Italie.

Les témoins à charge

Par crainte de représailles, l’informateur qui a récolté durant des mois les éléments et les preuves incriminant l’accusé irakien a été exempté de témoignage au tribunal.

Un ancien djihadiste repenti, de retour des territoires contrôlés par l’État islamique, a également apporté son témoignage contre Abou Walaa en racontant comment il l’a envoyé au combat via Bruxelles et la Turquie.

Peter Krieger, l’avocat de Abou Walaa qui a plaidé l’acquittement, a contesté le témoignage de ce dernier, le jugeant “indigne de confiance” pour avoir déjà été condamné en tant qu’activiste de l’État islamique. Durant l’audience, il a lancé avec emportement que “le témoin était un escroc”.

Un danger croissant en Allemagne

Les autorités allemandes ont déjoué 17 tentatives d’attentat depuis 2009. Le nombre d’islamistes radicaux présents en Allemagne et jugés dangereux pour la sécurité du pays s’établit actuellement à 615 individus, soit 5 fois plus qu’en 2013, selon le ministère de l’intérieur. Le nombre de partisans de la mouvance salafiste a quant à lui doublé depuis cette même année, il est désormais porté à 11 000 individus.

Les portes de la mosquée de Hildesheim sont désormais fermées.

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