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L’État algérien et les minorités religieuses musulmanes et chrétiennes.

Par : Kamel Abderrahmani

La liberté d’expression et de conscience est un enjeu majeur dans les pays majoritairement musulmans, notamment en Algérie. Elle est agonisante, voire quasiment inexistante. L’État algérien tente par le biais des lois liberticides d’imposer sa « vérité », en guise de vérité ; l’islam sunnite ou l’une des versions de l’islam institutionnalisé et officialisé.

Autrement dit, l’État algérien est à l’image de la majorité musulmane : chaque courant a la conviction que sa compréhension de l’islam est « l’authentique » et que celle des autres courants n’est qu’une version hérétique et fausse. Cependant, le danger réside dans cette envie d’imposer cette version sunnite aux adeptes des autres courants de l’islam ou de faire taire les ex-musulmans, athées ou convertis au christianisme, par des moyens juridiques qui devraient être mis au service de la justice, du citoyen et non de la religion, même si l’apostasie n’est pas considérée comme un crime par la loi algérienne comme le stipule l’article 144 bis du Code pénal.

La chasse aux musulmans non sunnites et aux chrétiens convertis bat son plein et prend des accents graves en Algérie. L’État algérien sans scrupule décide de poursuivre en justice une trentaine de musulmans appartenant au courant musulman Ahmadis accusés d’adhésion à un courant religieux autre que celui reconnu comme courant officiel de l’islam en Algérie ; sunnisme. Ils comparaitront la semaine prochaine devant la cour de Tizi-Ouzou[1].

Il faut noter que ce n’est pas la première fois que les minorités religieuses sont attaquées en justice en Algérie et sont souvent condamnées. En 2017, par exemple le chef de ce courant musulman en Algérie a été condamné par la justice algérienne[2], le cas du converti chrétien Slimane Bouhafs[3] qui se trouve actuellement en exil en Tunisie et récemment la militante politique Amira Bouaroui condamnée pour atteinte au Prophète.

Toutes ces agitations ne sont pas un fruit du hasard. Elles sont le résultat du discours hostile développé par les responsables du sunnisme à l’égard de l’Ahmadiyya. Autrement dit, selon les savants sunnites : « L’Ahmadiyya est une doctrine dévastatrice et mécréante qui utilise l’Islam pour masquer ses objectifs perfides et ses croyances corrompues. »[4]. Cette persécution des Ahmadis, et les discours hostiles développés par des ministres des affaires religieuses ne font qu’accroître l’intolérance envers les croyances minoritaires, qu’elles se soient islamiques ou non.

En évoquant les non-musulmans ou les chrétiens convertis, à leur part le pouvoir algérien continue sa chasse contre eux. De jeunes convertis sont souvent inculpés pour «offense au prophète et atteinte aux préceptes ou dogmes de l’islam». La constitution algérienne garantit à la fois la liberté d’expression et la liberté de culte, cependant ce qui se passe sur le terrain est autre chose. Cela montre la nature islamiste déguisée et son hostilité envers tout ce qui n’est pas sunnite.

Les chrétiens souffrent du harcèlement moral qu’ils subissent de la justice algérienne : à titre d’exemple, Abdelghani Mameri, un copte qui souhaite promouvoir l’Église orthodoxe en Algérie a été condamné, ce mardi 15 décembre 2020, par le tribunal d’Amizour (Béjaïa), à «six mois de prison ferme et une amende de 100 000 Da». L’audience a été envahie par des musulmans à la barbe longue et hirsute –  symbole du fanatisme et de l’imposture islamique – qui sont venus soutenir la justice contre « l’apostat ».

Concernant Mabrouk Bouakkaz dit Yuva un autre jeune converti. Il a été jugé le 3 décembre dernier, par la même juridiction où le représentant du ministère public a réclamé contre lui « six mois de prison et 200 000 Da d’amende » pour les mêmes accusations : «offense au prophète et atteinte aux préceptes ou dogme de l’Islam», dont Le verdict a été mis en délibéré pour ce 17/12/2020.

Les réactions virulentes dont l’État algérien fait preuve ne sont pas si étonnantes. Qualifié de dictature résiduelle, le pouvoir algérien actuel par le biais de la justice cherche à imposer l’islam dans sa version sunnite à toute la population. En Algérie, dans l’imaginaire collectif, pour être Algérien, il faut être sunnite, aucune distinction n’est faite entre l’appartenance à une patrie ou  à une religion. La différence est bannie et aucune liberté religieuse n’est respectée ni envers les musulmans des autres courants en dehors du sunnisme ni envers les non-musulmans. Cependant, ce qui est saisissant, voire frappant, est le silence de la ligue algérienne des droits de l’homme et son indifférence envers toutes ces persécutions religieuses que subissent les minorités religieuses en Algérie n’est qu’une preuve que les droits de l’homme en Algérie ne concernent pas les Algériens non sunnites et non musulmans.

Autrement dit, si la liberté de conscience est inscrite dans la constitution, elle est encore loin, très loin d’être une réalité : elle reste plutôt un rêve de certains Algériens, car aujourd’hui la pratique sunnite de l’islam s’impose à toute la société, à tel point, que pendant le Ramadan, une partie des citoyens qui en ont les moyens préfèrent fuir leur pays pour vivre leur liberté en toute sérénité et sans menaces, et une autre est réduite au silence et préfère pratiquer leur croyance dans l’ombre afin d’éviter les persécutions officielles et solennelles que l’État algérien mène contre eux.  


[1] Ville se trouvant à 100 km de l’est de la capitale algérienne.

[2] https://www.jeuneafrique.com/474139/societe/algerie-le-chef-des-ahmadis-condamne-a-de-la-prison-avec-sursis-pour-offense-a-lislam/

[3] http://www.asianews.it/notizie-it/Giovane-musulmano-:-la-condizione-precaria-dei-cristiani-nel-mio-Paese-43635.html

[4] https://www.islamweb.net/fr/fatwa/88413/Qui-sont-les-Ahmadis-

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